Je suis parti en République du Congo il y a quelques semaines. Un voyage familial, intime. Ma première fois en Afrique noire, Brazzaville, et toutes les différences contrastées que cette ville possède avec les villes françaises que je connais.

Je n'avais pas pour but une visite de "recherche" comme ce fut le cas dans le sud ouest marocain en 2018. Pourtant, avec l'avenir du Congo souvent au centre des discussions de famille, impossible d'échapper à ces quelques idées qui sont venues petit à petit fleurir dans ma tête.
Et si l'avenir français ne s'annonce pas radieux, l'avenir congolais offre un million de possibilités aux congolais d'aujourd'hui et de demain. Si leur présent est dur, leur aube semble radieuse. Et toutes les aubes ne se valent pas.

TOUT À (RE)FAIRE MIEUX

Il ne m'a pas fallut longtemps pour comprendre que le pays où je venais d'atterrir était dans une sorte d'an 0. Un point de départ (en réalité, de renouveau) nébuleux, pas encore réellement déclenché et comme retenu par des forces qui devraient mourir.
Le Congo a connu son dernier crépuscule après la guerre de 97. Mais son histoire avec les difficultés remontent évidemment à la colonisation, dont il subit encore le joug économique et l'empreinte structurelle dans son Etat même. Les guerres civiles des 30 dernières années n'ont rien fait de bien. La dernière en date a fini d'enterrer les infrastructures et de raser ce qui avait été fait.
La génération au pouvoir aujourd'hui a des modèles occidentaux et est mêlée au jeu global et libéral du marché. Elle est en proie à ces choses que je n'écrirai pas davantage ici, inutile, et qui finiront par tomber dans l'obsolescence qu'elles méritent.

Les jours passent et il y a dans mes yeux un contraste qui est encore plus marqué que les autres au Congo. Bien sûr ce n'est pas le seul, mais c'est à mon sens celui qui témoigne le plus du changement de paradigme et de monde vers lequel toute la planète même se dirige. Le contraste entre la richesse de ce territoire et de ces gens, et ce vide sidéral en matière d'infrastructures.

Comme dans de nombreux pays mal-exploités et où la prédation coloniale (Chinoise et Française notamment) fait encore rage, les infrastructures ne se construisent pas au rythme souhaité. Surtout avec une destruction et remise à 0 aussi récente. Des crèches aux hôpitaux, des salles de quartier aux cultures maraîchères. Il y a cette atmosphère de développement (terme disons "FMI") en suspens, d'arrêt sur image, pendant que la vie quotidienne des congolais continue. Ici en France, nous avons une atmosphère de descente par démolition. Nos victoires sociales sont soldées sinon détruites, nous restons inanimés et las. Là-bas elles n'ont plus vu le jour depuis longtemps ; les congolais sont animés par ce désir de faire à nouveau, et mieux.

Alors tout est à faire ou refaire pour les congolais. Sans aucun des freins actuels, on parle de 3ans pour que tout roule pour le mieux (source très très sûre). Je ne suis pas étonné, les deux éléments clefs (à mon sens) d'une société forte sont là : une culture présente, riche et forte + un sol incroyablement fertile.

LES ENFANTS D'ICI

Comme on dit dans notre famille, le présent est à la lutte, l'avenir est à nous.
Enfin à nous... Aux congolais surtout quoi. Et la première chose qui irait dans ce sens, c'est évidemment le retrait des prédateurs coloniaux habituels. Mais passons...

En France, si je me pose la question de l'avenir de mes enfants, c'est plutôt angoissant. La structuration de la société est tellement ruinée par des décennies de capitalisme libéral, que je ne suis pas de celles et ceux qui imaginent un changement politique possible. C'est plutôt le crépuscule que j'imagine.
Sur ce blog, j'ai à maintes reprises diffusé mon engouement pour des recettes et décisions locales qui font sens à cette échelle (notamment les monnaies ou la distribution alimentaire). Mais dans cet article, je parle moins de théorie et d'engagement personnel que de possibilités collectives, celles de tout un pays par exemple.

Et les possibilités, ici, honnêtement, non. Simplement parce que rien ne semble possible au delà de trouver une place de fortune, de laquelle on aura peu de chances de s'extraire réellement, dans une société malade incurable. Notre crépuscule.

Au Congo, tout est donc à faire. Absolument tout. Le champ des possibles est incroyablement vaste, et gonflé aux richesses naturelles locales. La génération de jeunes congolais, et celles qui suivront, ont des possibilités incroyables de développer leur pays.

DEMAIN LÀ-BAS

Les congolais auront demain une chance que nous avons gâché depuis avant-hier. Si ces nouvelles générations développent le pays sans l'influence du Nord, alors nous les regarderons avec les regrets d'avoir enduré trop de temps des idéologies coupables et stériles sur notre propre territoire.

Les plus courageux-ses d'entre nos enfants en tirerons les bonnes leçons. Il y aura peut-être quelques générations qui essaieront de nouvelles choses, avec stigmergie et commonisme.
Mais c'est parier sur l'incertain, ce qui est toujours mieux, je l'accorde volontiers, que de parier sur l'absurde.

Ce qui est certain c'est que la chance du Congo d'être à son nouvel an 0, est une chance qui ne doit appartenir à personne d'autre qu'aux congolais-e-s. De la même façon que nous devrions êtres les seuls à vivre et corriger les conséquences de nos choix, ici. Tous les voyants de la conquête capitaliste globale sont au rouge. Son paroxysme est sa mort, et après lui de nouvelles choses devront voir le jour. La France mettra en tout cas davantage de temps à revoir le soleil que le Congo. Ce n'est pas si grave.

Ce séjour à affermi ma position et la réflexion sur l'échelle locale. Une fois de plus, ce contraste entre l'avenir du Congo très ouvert et celui très fermé de la France m'a donné un instantané de ces deux régions du monde au même moment dans 25ans. Alors veillons à bien connaître et à aimer les endroits où nous vivons. À les préserver et à assurer leur fertilité continue. Parce qu'à un instant T, ces endroits n'offrent pas les mêmes horizons. C'est ainsi, toutes les aubes ne se valent pas.