Cette semaine, je me suis rendu compte que sur Mastodon et ailleurs, sur d’autres réseaux, nous étions  proportionnellement très peu à réfléchir ou même juste poster à propos  d’échelle locale. Très peu à parler monnaie locale, locavorisme, démocratie locale, ou quoi que ce soit.

Quand je me suis étonné de cela, un  excellent contact sur Mastodon m’a interpellé sur le fait que c’était à son avis relativement compliqué de définir ce terme : local.

Mais je suis têtu… Et surtout persuadé que non seulement on peut le définir, mais aussi qu’on le doit !


Une échelle au milieu d’autres

Le local est cet endroit situé quelque  part entre le familial et le national. C’est immense, vous me direz.  Entre sa maison et l’État, il y a non pas un monde, mais des mondes. Des  feuilles intercalées, les une entre les autres, sur tous les plans.

Certains, comme ici, diront que le local  prend place juste sous l’échelle régionale. En tout cas lorsqu’on parle  alimentaire. Mais par extension, nous pourrions aussi parler  politique/administration en englober dans le local les découpages  municipaux et cantonaux.

Il peut aussi s’agir d’une échelle  parallèle aux imbrications de la diversité des patrimoines culturels  unifiés sous une bannière nationale commune : breton, basque, alsacien,  gascon, occitan, normand, chti, savoyard, jurassien, caribéen,  charentais, bourguignon, et tous les autres. Des patrimoines variés  réunis sous l’appellation « français ».

Si la géographie est absolument  prépondérante quelque soit la nature du découpage, comme on vient de le  voir, il y a cependant d’autres aspects qui entrent en compte… Et pas  des moindres.


Terroir commun

Si on regarde plutôt l’agriculture et  l’alimentaire, on pourrait définir  » local » ce qui émane d’une zone  géographique ou la biodiversité est la même. Un territoire, un terroir,  où les conditions de sol, de climat, de relief, sont identiques.

Le terme local prendrait alors une forme  plus adaptée à la diversité de ces terroirs. Il viserait une typicité,  dont l’influence sur l’alimentation mais aussi la culture de manière  générale, est très importante. Parce que cette typicité là (et j’en  avais parlé ici) façonne au fil du temps l’ensemble des comportements du  groupe qui l’habite.

Le local peut donc être assimilé à un  terroir précis. Cette perspective admet l’harmonie homme-terroir,  comprend son écologie et s’émancipe d’un administratif qui avance  non-sens après non-sens (ne parlons pas de ces nouveaux découpages, où  les basques partagent désormais la même région que les poitevins…).

Cela dit, si le terroir comprend  l’écologie naturelle du local, il peut s’avérer trop étendu pour  garantir cette écologie : c’est la problématique des transports de marchandises et de leur coût, notamment écologique.

la team de chez Humphris, magasins de produits locaux et locavores à Paris

Le « local » comme échelle de la réduction des coûts

Et de tous les coûts. En optimisant le  plus possible le modèle du circuit-court, le local devient l’échelle où  le coût écologique, le coût financier, le coût énergétique, et le coût  disons « bio-gustatif » sont restreints au minimum. Non pas compressés,  sur les épaules d’un des maillons de la chaîne comme c’est le cas dans  le modèle de la grande distribution en vigueur partout, mais limités en  nombre et en temps. Le local est l’échelle du gagnant-gagnant.

Cette réduction des coûts a un impact sur  l’humain évident. Il tisse une confiance de proximité entre les  quelques maillons de la chaîne. Une confiance qui permet de travailler  dans la sérénité pour le producteur, de distribuer avec assurance pour  le commerçant (lorsqu’il n’est pas le producteur lui-même), et de  consommer mieux pour le chalant.

Elle a aussi un impact sur l’harmonie  locale : celle qui créé un rapport moins distancé entre le terroir et le  consommateur, entre le territoire et les humains qui l’occupent.  Quelque soit le produit, on sait ce qui se fait sur place, comment, et  pourquoi. La loi de l’offre et de la demande n’est plus vraiment, et si  elle est, encore un peu, elle est nettement moins cynique.

A terme, il pourrait même ne plus s’agir  de « coûts » du tout. Mais directement de « produit ». Des résultats que  l’on sait tirer des ressources locales sans les encombrer, déranger,  dénaturer ou détruire. Et le local devient alors cet échelle où nous ne  produisons en accord avec les ressources du moment et de l’endroit.

Penser le local et le localisme, adapter  nos sociétés à cette échelle, c’est revenir au fondamental humain :  comprendre où nous vivons, savoir en tirer le nécessaire, cultiver la  diversité, et pérenniser cette chaîne. Il m’est à ce titre de plus en  plus difficile de concevoir une autre alternative répondant aux  problèmes profonds que nos sociétés causent sur cette planète… Et si mes  réflexions ne sont certes que des billets de blog, l’avenir se chargera  du concret, j’en suis sûr.