Multi-potentialiste, rien que le terme est déjà pénible…

J’ai du mal avec ce mot d’ailleurs, il me parait plutôt issu d’une  terminologie américaine, et nos langues respectives ne fonctionnent pas  suffisamment de la même façon pour que je me retrouve totalement dans  cette appellation… Mais passons sur ce détail et entrons dans le vif du  sujet : c’est quoi ce truc ?

Il y a quelques semaines, je suis tombé sur cet article, décrivant  les réalités d’un type de personne, de caractère, de fonctionnement. Je  m’y suis intégralement reconnu, presque dans un soupir de soulagement  tant il est parfois agréable de découvrir que « tout va bien ».
Je vous laisse lire :

Ne cherchez plus, vous êtes ce qu’on appelle un multipotentiel.« Si toi aussi tu as voulu un jour être avocat, bosser dans la com’,  être écrivain, monter ta boite, faire des vidéos sur Youtube, être  plombier en Suisse et par dessus tout ne rien faire comme tout le monde  parce qu’au fond ce n’est pas que te veux te faire remarquer, non !  c’est juste un sentiment hyper puissant, un truc qui te fait te sentir  si différent. Mais ce mot est devenu un gros mot, tellement gros, que  l’ambiance qui t’entoure va finir par te faire imploser. Welcome ! »par Timothée Boussardon

En bref : les connexions dans le  cerveau des gens concernés sont différentes, et permettent des choses ni  mieux ni moins bien, juste différentes. Notamment cet élan passionné  pour un tas de choses qui n’ont a priori rien à voir entre elles, et la  faculté de synthétiser une globalité entre toutes ces choses, voire de  les inter-connecter d’une façon ou d’une autre.

Très pragmatiquement, cela signifie  chez moi que je suis, en un exemple, capable de prendre en main un  logiciel, d’en appréhender les ficelles et en sortir un résultat très  correct, très rapidement. Certains de mes camarades à l’époque où je  travaillais dans la culture me disaient que je savais m’ « inventer des  compétences », ex nihilo. A cette époque j’étais donc capable  de produire de la musique, de diriger artistiquement un projet, d’en  assumer la gestion disons « logistique », de dealer des contrats avec  des intervenants ou des labels, de faire la pochette et les outils de  communication, de réaliser un ou plusieurs clips, d’écrire et mettre en  page le dossier de presse, faire la campagne promo, tout en rédigeant à  l’adresse des élus locaux des perspectives d’évolution des musiques  actuelles et blablabla… Un couteau suisse, un peu mal payé pour un  suisse… menfin l’analogie fonctionne.

Et si je mettais cette multiplicité au  service d’un seul secteur très global d’activité, je menais en fait  plusieurs barques en même temps, là où j’aurais pu (dû ?) me  spécialiser…


La spécialisation… vraiment ?

Dans sa présentation pour TED de la  réalité d’un multi-potentialiste, Emilie Wapnick commence par souligner  l’angoisse profonde que provoque la question classique et innocente :  que veux tu faire quand tu seras grand ?

Personnellement, je n’ai jamais su répondre a cette question, et je  ne sais toujours pas. Enfin, si, je sais y répondre, mais jamais  définitivement, absolument, avec certitude. Je me souviens d’un test QCM  passé au lycée avant d’aller à ces grandes expos pour écoles et cursus  post-bac… Le QCM était fait pour trouver sa branche de prédilection en  fonction de ses gouts, de ses aspirations, et des capacités. Je suis  tombé sur « artiste ». Qui est un synonyme d’insécurité ou de loterie  dans l’imaginaire collectif. Et je n’échappais pas à cela. J’ai donc eu  cette idée de loterie, et d’insécurité dans ma tête très vite,  vertigineusement.

Et puis chemin faisant, je me retrouve effectivement à ne pas savoir  quoi faire réellement de mon parcours pro. Parce que pour ce qui était  de la vie, je le savais depuis longtemps : je n’ai jamais aspiré à autre  chose qu’à être épanoui.
Des études de sociologie et d’anthropologie ? J’en ai tiré la compétence  de savoir analyser la grande échelle comme la petite, en même temps, et  avec ça, par appétence et engagement la politique, j’en aussi tiré une  belle dépression : analyser un système qui fonctionne avec les résultats  qu’on lui connait, ce n’est pas forcément aussi fun qu’un bon Coluche.
Une petite carrière dans la musique ? Je l’ai écris plus haut : trop  touche à tout, j’en ai perdu le fil, le gout, et les opportunités sans  doute, par ma non-spécialisation. Un coup trop artiste, un coup pas  assez, beaucoup trop entrepreneur. Je me suis heurté à 100% de réponse  négative lors de candidatures pour des postes correspondant parfaitement  à mes savoir-faire, pour cause de diplôme manquant.

Je ne suis pas un spécialiste, et dans la façon dont les entreprises  et la société fonctionnent aujourd’hui, c’est compliqué de trouver un  endroit où s’épanouir professionnellement.
Et quand bien même je le serais, personnellement j’aurais l’impression d’être un imposteur et de prendre la place de quelqu’un.

Obsession ?

On en arrive à l’obsession… Et si vous avez regardé la vidéo du TED  posté plus haut, vous aurez noté le passage ou sont décrits ces moments  d’ascenseur passionnel où l’on termine une phase d’engouement absolu  pour une chose, avec cette sensation d’en avoir fait le tour, d’en avoir  absorbé ce qu’on pouvait en tirer, d’en avoir synthétisé l’essence, en  étant aspiré avec passion, frénésie et plaisir quasi chimique, dans une  nouvelle phase, où il est à peine possible de dormir et d’agir  normalement tant on est happé par le sujet en question. je dis quasi  chimique parce que, comme le dit ce mathématicien,  cela relève effectivement d’une jubilation physique, qu’on ressent dans  le corps. Et si ça n’a rien à voir avec l’orgasme, c’est tout de même  très exaltant à ressentir.

Effectivement, de l’extérieur, ce déchainement de passion peut avoir  l’air obsessionnel, mais à mon sens l’obsession relève des œillères, et  donc d’une certaine spécialisation. C’est vrai, j’ai pour ma part  tendance à aller très loin dans ce que je fouille, je l’ai déjà dit sur  ce blog je crois, mais une fois le sujet précis fouillé, je passe à  autre chose. Je n’en fais pas un totem comme par exemple un fan de  quelque chose (club de foot, Histoire des rois de France, Tolkien, Star  Trek, le théâtre des années 60, la mode japonaise…peu importe), je ne  m’en gargarise pas non plus… Je veux juste APPRENDRE.

Mais ce que j’en ai tiré va me servir dans d’autres domaines, avec  synthèse et combinaison. Et lorsque je passe d’un sujet à un autre, la  compilation des données, l’amalgame des savoirs, des savoir-faire, des  idées, se fait naturellement là où, a priori, ça ne semble pourtant ni  logique ni basique.

Je ne me considère donc pas comme obsessionnel, du tout.  Perfectionniste, certainement, au mieux/pire (à vous de voir). Et  jusqu’à la découverte de ce profil type (le multipotentialiste), je me  considérais finalement comme paumé. Ce qui, et je m’en rends compte  maintenant, m’a fait perdre un temps considérable… Tant pis !

Pour finir, mes sujets de prédilection, ou comment être un mec chiant

Autant vous les donner, puisqu’ils sont susceptibles d’apparaitre sur  ce blog, et qu’avec un peu de chance, vous allez revenir lire de temps  en temps.
Il y a des grandes familles de sujets qui me passionnent tout  particulièrement, et que je fouille par phases, avec différentes  approches, différents modes opératoires (oui, je sonne comme un serial  killer). Parfois par accumulation de données théoriques et techniques,  notamment sur les sujets scientifiques, d’autres par simple boulimie de  contenu de divers formats, et là ça peut toucher tant la politique que  les arts.
bref, mes sujets de prédilection sont, en vrac :
– le cinéma, où je peux passer des journées entière à regarder la filmo  d’un réal pour la quatrième fois juste pour étudier ses angles de prise  de vue… voilà voilà.
– la musique, où je peux investiguer des styles très spécifiques ou des  compositeurs en particuliers (en ce moment, comme à peu près une fois  par an, l’intégrale Arvo Part + les documentaires à son sujet)
– la politique, je ne cache ni mon engagement, ni mon rejet du tabou (et  ce n’est pas ce qui manque…), mais cet engagement est d’avantage nourri  d’une analyse que d’un élan sentimental
– la science, et particulièrement tout ce qui touche à l’espace, comme je l’écrivais dans mon article sur Cosmos.

Il y a évidemment, et c’est là tout mon caractère de  multi-potentialiste qui doit s’exprimer, des ponts entre ces sujets, et  également des grandes stèles (personnages, moments, concepts, œuvres,  que je re-parcours avec toujours autant de passion tant elles me  paraissent dingues), ou des digressions à partir d’un grand thème (en ce  moment, en politique par exemple, tout ce qui touche à la surveillance  de masse, aux lois concernées, aux whistle-blowers, mais aussi la  question du canevas complexe de la lutte des classes avec la question  des races, pour résumer rapidement – mais bon, ça sent l’article  prochainement…).

Voilà, c’est ce moment là où je me rappelle combien c’est difficile  d’avoir une vie sociale lorsque pur seule conversation j’ai ce genre de  sujets à aborder… Combien ce doit être fatigant de supporter ces montées  de passion, d’essayer de les suivre, ou à l’inverse de me voir me  déconnecter inconsciemment d’un moment « social » pendant un diner entre  amis, devenir « absent » ou « dans la lune »… Et tous les petits à  -cotés si délicats à gérer en fonction du milieu dans lequel on évolue,  avec pour ma part (liste non-exhaustive) des problèmes de concentration,  d’attention, hormis bien sûr quand il s’agit des mes « champs » cités  plus haut…  Loin de moi l’idée de me plaindre de l’échelle individuelle.  A l’échelle de la société par contre, les choses devront changer, sans  quoi un bon nombre d’entre nous ne trouveront jamais une place  épanouissante ; un triste comble non ?

PS : un dernier article très intéressant : Multi-potentiels et multipotentiel (multipotentialiste), deux sujets distincts