Le végétarisme et le véganisme (végétalisme en français, non ?) sont  des mouvements qui gagnent beaucoup d’ampleur en ce moment, beaucoup de  visibilité aussi, par le jeu de celles et ceux qui les adoptent et  défendent, et par celui de celles et ceux qui le trashent…  Malheureusement, il y a in fine assez peu de critiques, encore moins de bonnes.
L’alimentation et la nutrition sont des trucs qui me tiennent à cœur  depuis l’aube de ma vingtaine… et qui après une petite pause, reprennent  leur place dans mon quotidien, à 32ans.


La pénibilité de la culpabilisation quand ce sujet est abordé

Bon je l’admets, je voulais titrer cet article « le jour où je ne  suis pas devenu vegan », mais les clickbaits sont insupportables et je  n’avais pas envie de faire de la provoc’ pour rien…
Parce que finalement, si le sujet est hyper pertinent (le véganisme, le  végétarisme, ont des bases revendicatrices et théoriques difficilement  attaquables quand on est un peu sensible au futur de la planète), les  discussions à son propos le sont beaucoup moins : trop de leçons de  morale, de culpabilisation, pas ou très peu de concret du quotidien (Rémi Gaillard fait office d’exception au rayon individuel, Sea Shepperd fait office de HÉROS au rayon collectif), aucune once de pédagogie, un  ton accusatoire quasi systématique si on fait PILE ce qu’il faut.
C’est pénible…

Jamais la culpabilisation à outrance n’a formé le cerveau des gens à  apprécier une démarche, fusse-t’elle la plus gracieuse et la plus pure  qui soit… Au mieux cela créé des clivages, des clans, des oppositions,  et forcément à la fin : que des perdants ! (offre valable également pour  les sujets politiques : le vote, l’orientation politique, etc.)

Et puis il y a quelques longs mois maintenant, une amie a écrit un  excellent article sur comment elle était devenu végétarienne (le titre  de mon article est d’ailleurs inspiré du sien !). Je vous recommande la  lecture (rapide), parce que justement, elle parvient avec brio à parler  naturellement et avec humour de sa décision, et à éviter tout ce qui est  usuellement fatigant quand le sujet est abordé :

Le jour où je suis devenue végétarienne
Je suis alsacienne et à l’état embryonnaire je devais déjà me  gaver de bidoche. J’adore la tarte flambée, un apéro ne se fait pas sans  un bon sauciflard, et je ne refuse jamais un bon steak et encore moins  le sandoc merguez des puces de Maubeuge… – Par Nadia Wicker

De quoi on parle déjà ?!

En France, depuis la seconde guerre mondiale, le régime alimentaire  de base est un régime très proche de celui d’une période de manque. Nous  sommes pourtant en 2017 maintenant, en surproduction sur quasiment tous  les produits… Le « manque » est passé… L’industrie agro-alimentaire est  obsolète, mais l’obsolescence, ça rapporte quand même.

Idéalement, nous devrions rebattre les cartes et adapter notre  consommation en fonction de nos réels besoins biologiques et  physiologiques (qui différent non seulement à l’échelle individuelle  mais aussi à des échelles liées aux différents climats, reliefs, etc),  de ce que nous sommes capables et à-même de produire, en respectant  l’environnement qui nous sert à la fois d’habitat, de surface de culture  et de grenier.
MAIS NON ! Les décisions politiques ne vont pas en ce sens, et petit à  petit, des actions et des réactions se sont construites autour de la  défense des animaux, d’un retour au naturel, et d’autres concepts qui  relèvent clairement du bon sens.

Le végétarisme d’abord puis carrément le végétalisme, que  l’américanisation de tout a aujourd’hui nommé véganisme (si j’ai bien  compris hein, je ne demande d’ailleurs qu’à bien comprendre). Si le  premier refuse de manger des cadavres d’animaux, il accepte tout de même  l’élevage de ceux-ci pour en récolter d’autres sources alimentaires,  notamment le lait et les œufs. Le second lui refuse catégoriquement que  l’homme se fournissent en quoi que ce soit chez l’animal (quelque soit  le projet), et dans l’assiette, puisque c’est ce dont j’ai envie de  parler dans cet article, ne compose son alimentation que de sources  rigoureusement végétales.

Ajoutez à ces deux courants la grande démarche vers le bio, le retour  au naturel et une grande défiance vis à vis des OGM, des chimies  agro-alimentaires, et autres, et vous obtenez une volonté à peu près  unanime de manger plus sainement, sans salir la planète, sans abimer  l’écosystème, sans tuer personne.
A JUSTE TITRE : il est pour moi incompréhensible de ne pas aller dans ce sens !


« Ouais mais ton avoine bio végan, il est produit à 20 000 bornes de chez toi non ? »

Si je comprends et partage l’intégralité des questions soulevées par  ces mouvements, il y a des détails dans les concrétisations et les  solutions proposées ou en place, qui me chiffonnent grandement. Et je  résumerais simplement en disant qu’il est tout de même super dur  aujourd’hui de ne pas heurter l’écosystème dont nous dépendons, dans sa  diversité et sa richesse, quand bien même on soit vegan ou végétarien et  bio…
Super dur parce que même si notre menu respecte à la lettre toutes les  conditions pour appartenir au veganisme, l’origine des produits ne  garantit pas que hors de l’assiette, notre empreinte écologique ne soit  pas une catastrophe.
Autrement dit, un sac de boulgour bio et un tote bag plein de tofu  n’empêcheront pas qu’ils puissent provenir de partout dans le monde, que  leur culture soit catastrophique pour l’écologie locale et globale, et  que leur transport laisse la même empreinte carbone que l’ensemble de la  carrière de Gainsbourg chez Gauloise.

Je vous conseille cet article donc, clairement segmentant, mais qui a le mérite de poser des réflexions dénuées de nombrilisme :

Trier, manger bio, prendre son vélo… ce n’est pas comme ça qu’on sauvera la planète
La culpabilisation des individus occulte les  véritables causes de la destruction de la planète: le capitalisme et les  Etats-Nations. Par Slavoj Zizek.

Je ne suis pas un inconditionnel de l’auteur (certains points de  désaccord, par exemple dans cet article sur le rôle des États-Nations…  mais c’est un autre sujet), mais il a le mérite de poser un tabou sur la  table (et ça j’aime bien) : la culpabilisation des uns et des autres en  tant qu’individus est la manière la moins pertinente de mener le débat.
Questionner la responsabilité des politiques, en récapitulant notamment  les choix qui ont été faits en la matière, et les actions/inactions  comptabilisables, me semble déjà plus raisonnable.


N’empêche, moi à mon échelle je fais quoi ?

C’est une question que je garde depuis une grosse dizaine d’années en  tête quand il s’agit de nutrition, d’alimentation, d’écologie. Si je  suis persuadé que la responsabilité principale n’est pas celle du  citoyen, de l’individu, je suis également certain qu’encourager des  initiatives en me comportant d’une certaine façon notamment dans  l’assiette, peut à tout le moins influencer ma santé, celles de mes  proches, celles de mes futurs enfants.

Parce que finalement, j’en reviens toujours, quelque soit le sujet,  aux générations futures… Et donc à l’éducation et aux habitudes que nous  allons leur léguer.

De cette question là nait une multitude d’angles d’attaque de la  problématique, et c’est en faisant ma formation de fromager que j’y ai  vu plus clair, et où toutes les petites idées séparées que j’avais  depuis un moment se sont amalgamées et imbriquées parfaitement.
J’ai effectivement compris que nous les humains, comme les autres  espèces, nous dépendons du terroir où nous vivons, c’est à dire le très  local ou au max le régional si on en revient à l’échelle individuelle  (moi, je fais quoi à mon échelle ?). Et que la seule responsabilité qui pouvait nous revenir c’était de  comprendre notre rôle dans cette échelle là, de le prendre à cœur et  d’embrasser les initiatives les plus à-même de rendre ce terroir riche  et fertile pour les générations futures. Je n’ai absolument rien inventé  : c’était comme ça avant les guerres industrielles et mondialisées, qui  ont changé bien des choses, au delà des frontières et des charniers.

Aujourd’hui il m’est donc compliqué d’envisager l’écologie (et bien  d’autres choses) en le faisant de manière plus étendue que le local /  régional : je suis humain, mes bras ne sont pas infinis, ma capacité  d’action ne dépasse pas cette échelle, et quand elle le fait, elle  s’arrête au territoire français. Un engagement politique auprès d’un  bord ou d’un autre pour agrandir ces capacités ? Si leur volonté de  peser dans la balance était là, la COP21 n’existerait pas. Et avant  d’être un citoyen du monde, je vais au mieux essayer d’être un citoyen  local. Et ce sera déjà pas mal non ?


Le jour où j’ai décidé de devenir… locavore

Je ne sais pas si on devient du jour au lendemain quelque chose. Ou  alors, la radicalité du changement nous pousse dans des retranchements  tels qu’on se retrouverait au fin fond d’une campagne, à vivre en  complète autonomie. Et je dis cela sans aucune ironie. Mais cela demande  tout de même une franche rupture avec l’esprit bourgeois et l’amour du  confort (une vraie drogue dure) dans lequel nous sommes toutes et tous  (malheureusement) infusés…
C’est vrai non ? Comment se fait-il que nous puissions débattre sur  internet avec des végans ultras qui se défendent de faire du mal au  règne animal quand la totalité de leur équipement technologique lié à  internet est une catastrophe écologique en soi, avec en cerise sur le  gâteau du travail d’enfant dans les parages ?
Un végan abouti est un végan qu’on ne croise pas. Encore moins sur Youtube.

Cela dit, il ne s’agit pas de renier la sincérité de la démarche de quiconque. Mais de remettre le terme démarche à sa place : puisqu’une démarche est par essence un mouvement d’un  point vers un autre, je crois que tant que nous ne sommes pas arrivé au  dernier point, la gargarisation n’est pas justifiable. Quant à la  culpabilisation de l’autre, elle n’est ni nécessaire, ni digne. Quand  bien même on le trouve beauf et qu’on ait le sentiment d’avoir la  conscience tranquille parce qu’on va chez Naturalia.

Je ne suis donc pas DEVENU locavore, mais j’ai décidé d’essayer de  mon max de le devenir, et faire mon possible pour défendre les  initiatives qui vont dans ce sens. Mais tout ça, j’en parlerai dans  l’épisode 2.