Vero : réseau social catastrophique

Il m’aura fallu à peine 24h pour comprendre que derrière cet énième nouveau réseau social se cachait une énième déception. Il m’aura fallut 48h en tout pour comprendre qu’en fait on atteint là un niveau ca-ta-strophique d’application social-network.

Et je pèse mes mots. J’ai eu vent de l’existence du truc par un cercle de potes. Dans une conversation, l’un d’entre eux a demandé si l’on connaissait, et on s’est finalement tous inscrits dessus. Pour ma part, je n’avais rien lu, rien entendu au sujet de cette nouvelle app. Je découvrais donc cette nouveauté avec fraîcheur et curiosité. pas terriblement excité d’ailleurs, un peu lassé d’avoir tout essayé ou presque, de Minds à Facebook, de Mastodon à Twitter, de Pinterest à Instagram, et puis tous les autres.

La catastrophe de Vero se déroule en plusieurs temps, pour ma part. Ce ne sera peut-être pas la conclusion de votre expérience, certains détails appartenant peut-être uniquement à la mienne. mais bon, il fallait quand même que je finisse par en rigoler dans un article ici.

Vero : inscription, première visite, premier post, premiers accrocs

Me voilà donc en train de télécharger l’application mobile, sans même me demander si un client web existe (il n’en existe pas d’ailleurs). l’app s’installe, en exagérant à peine, la seule étape satisfaisante de toute mon expérience utilisateur avec Vero. En lançant la première fois, je note le beta au dessus du logo, et comprends donc qu’on est sur un truc en test. Menfin l’idée que ce soit aussi beta que ça ne me serait jamais venu à l’esprit. parce que déjà, le logo n’est jamais parti, et l’application ne s’est pas lancée. 25 seconde après son lancement, rien du tout. Rien ne s’est déroulé. Je ferme, relance, même chose. Pendant 5 ou 6 essais. Et puis ENFIN ! Hallelujah ! L’application se lance. QUAND SOUDAIN ?

Je tombe sur une interface d’une froideur polaire. Un truc à te faire passer Ello pour un feu de cheminée quand il neige dehors. Et c’est pas peu dire tant Ello est quand même rigoureusement austère. Vero a un fond flou, des icônes très proches de ceux d’Instagram, un design général aussi engageant qu’un lanceur de poids de l’ancienne RDA, mais une UX pas trop mal pensée (rendons à César hein) notamment pour les posts photographiques. Ça tombe bien, deux de mes potes inscrits en même temps que moi sont photographes : leurs photos respectives ressortent bien, mieux que sur Instagram (mais c’est pas non plus la révolution hein) et moins bien, à mon goût, que sur Ello.

Les possibilités de posts sont facilement compréhensibles : photo, vidéo, lien, pour ce qui est du contenu habituel, et puis trois autres icônes pour film, livre et lieu ; pas con pour qui aime recommander ses trouvailles ou coups de cœur. MENFIN faudrait déjà que poster soit facile et que l’affichage des posts fonctionne convenablement !? Mon premier post était un article, où Vero m’a offert le choix de la vignette parmi les images contenues dans l’article. Pas con ! Mais pas fonctionner ! Une fois l’article posté (au bout de trois essais successifs…), la vignette ne s’est jamais affichée. Parfait, tout ce que j’aime ! Mon deuxième post, un lien youtube vers un morceau de musique : la même chose, 5-6 essais consécutifs (en plusieurs sessions étalées sur 2-3h dans la journée… incroyable…) pour arriver à mes fins. Petit exemple en un gif, où vous pourrez même profiter d’un très bel écran vide où on peut profiter du magnifique fond flou de l’app.

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J’avais déjà bien compris et assimilé dans ma tête que Vero c’était d’ores et déjà zéro, et que le passage du beta à la version normale ne pourrait jamais rattraper ce merdier. Alors je me suis renseigné. J’avais lu en diagonale leur laïus sur leurs « clarifications » dans la rubrique Manifesto de leur site web. Mais je voulais en savoir d’avantage… Un peu quoi… Normal. Et vous savez quoi ? J’aurais jamais dû.

Les données perso, le concept et le business model lui-même

Prenons les choses à rebours : le concept d’abord et la gestion / utilisation des données persos. C’est limpide mais bien représentatif de ce qui suivra. Vero veut être une plateforme sans publicité, empruntant beaucoup à Instagram. Ok. Donc elle sera payante pour ceux qui ne font pas partie des deux premiers millions de souscriptions offertes. Dans le même temps, Vero a une politique de gestion de données très singulière. Dans son Terms of Use, la compagnie procède en deux temps. En rassurant d’abord, à propos de la propriété des choses que l’on poste sur la plateforme :

We claim no ownership rights over User Content created by you. The User Content you create remains yours; however, by providing or sharing User Content through the Service, you agree to allow others to view, edit, and/or share your User Content in accordance with your settings and this Agreement. Vero has the right (but not the obligation) in its sole discretion to remove any User Content that is shared via the Service.

En gros, la propriété de ce que vous uploadez (quelque soit le format) reste votre, et uniquement votre. En revanche, ça se gâte quelques paragraphes plus bas, lorsque c’est en quelque sorte l’usufruit (ou la jouissance, si vous connaissez le terme exact, n’hésitez pas à distribuer ce savoir juridique précieux !) de cette propriété qui est évoqué :

In accordance with your choice of the privacy settings offered by the Service, by posting or otherwise making available any User Content on or through the Service, you hereby grant, and you represent and warrant that you have all rights necessary to grant, to Vero a limited, royalty-free, sublicensable, transferable, perpetual, irrevocable, non-exclusive, worldwide license to use, reproduce, modify, publish, list information regarding, translate, distribute, syndicate, publicly perform, publicly display, make derivative works of, or otherwise use your User Content, including (without limitation) your name, voice, and/or likeness as it is contained within your User Content, in whole or in part, and in any form, media or technology, whether now known or hereafter developed.

Ce qui en résumé signifie que si ces données restent vôtres, le fait de les uploader et d’utiliser le service Vero TRANSMET de fait un droit d’utilisation absolu, 360°, par la compagnie, quelque soit la nature de la data en question, et pour n’importe quel projet ! on est radicalement à l’opposé de tout ce qui est nécessaire sur internet aujourd’hui… Catastrophique.

L’utilisateur se retrouve donc en version double vache à lait : non seulement il paye une souscription, mais en plus, ce qu’il poste est rentabilisé (je rigole en écrivant, devant ce yolo intégral du cahier des charges et du business model ahahah). Ils devraient offrir des images paninis pour vraiment être au top.
Bon effectivement, ce n’est clairement pas la première plateforme à utiliser la donnée / data comme source de revenu, faisant de l’utilisateur non pas le client mais le produit. Mais c’est la première fois, en tout cas pour moi, que je crois un modèle à souscription en plus ! J’en suis presque à applaudir le panache ! les fondateurs doivent être de sacrés requins, avec de féroces ambitions de fortune !

le CEO et les polémiques

Le contenu de cette partie de mon article est issu de quelques recherches croisées. N’hésitez pas à vous renseigner de votre coté pour compléter, infirmer ou confirmer ce qui est dit ci-dessous.

On parle là d’Ayman Hariri, fils d’un ancien premier ministre libanais. Son parcours est étonnant (comme dirait Michel Drucker) mais entaché par deux polémiques. Si la première me parait complètement absurde et terriblement propagandiste, la seconde est plus intéressante, même si seuls le temps et une éventuelle enquête pourront la résoudre factuellement.

La première polémique est xénophobe, et débilement complotiste (je n’ai rien contre des théories farfelues, quand elles sont un peu sensées et autant que possible éloignées de toute forme de propagande…). Un passage en revue des effectifs de la société Vero a mis en lumière la présence en nombre d’employés russes. Sauf que dans nos pays, l’idée aussi bébé que dangereuse selon laquelle la Russie utiliserait les réseaux sociaux pour déstabiliser des états occidentaux fait son chemin, dopée comme Virenque sur un Tour de France par de grandes analyses de spécialistes américains. Il s’agit donc de présenter Vero comme un token, un accès aux datas et aux gens, perméablement, pour orienter une masse. Quand bien même la possibilité qu’une masse soit orientée par un outil numérique quelconque ne me paraisse pas être de l’ordre du farfelu, je fais une indigestion de l’abattage médiatique autour de la méchante Russie. Nous avons nos propres chats à fouetter, et si s’insurger contre ce genre de politiques intrusives et anti-démocratiques me parait évidemment nécessaires, je prônerais plutôt, comme souvent sur ce blog, une action locale pour commencer, avant d’attaquer Vladimir et sa bande. Donc moi, cette polémique, je n’y prête même pas attention.

Alors passons à la seconde, plus complexe… après l’assassinat de son père, Harari aurait quitté les USA pour l’Arabie Saoudite, prenant place au sein de l’entreprise Saudi Oger. Une compagnie de construction comme il y en a énormément dans ces pays où les immeubles se montent très vite. Une compagnie qui comme les autres partout dans le monde, engage et utilise une mains d’œuvre la moins chère possible (souvent donc issue de l’immigration). On en pense ce qu’on en veut (et de toutes les façons qu’on voudra) jusqu’à ce que ces salariés (étrangers) de Saudi Oger soient laissés sans salaires, vivres, recours, dans un camp du désert saoudien (source – article REUTERS en anglais donc, triangulé comme il faut). Ça ne sent pas très bon, et ce n’est pas reluisant pour l’entreprise. La question reste de savoir si, conformément à ce qui est avancé dans les articles traitant cette question, Hariri était ou non à un poste responsable de telles décisions, ce que la compagnie réfute.

Bye, Vero, c’est pas grave tu sais

Depuis deux jours, j’essaie donc de supprimer mon compte. Une chose qui n’est pas DU TOUT facile. D’abord, c’est dans un menu déroulant semi-caché dans la rubrique support de l’application. mais ce n’est pas tout (si c’était aussi simple !). On ne peut pas supprimer son compte stricto-sensu.

Il faut envoyer une requête écrite. Autrement dit demander l’autorisation à Papa Vero. Incroyable non ? J’ai donc procédé (en utilisant une boite mail poubelle, histoire de…), et reçu un premier mail, puis un second, d’une employée. Tout le process est là :

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Ok, donc vous avez prévu 1 MILLION de souscriptions gratuites mais vous n’avez pas l’infrastructure pour le gérer alors que vous bossez dessus depuis 5ans ? Et la cerise : vous avez ajouté 1 autre MILION de souscriptions gratuites alors que gérer les premières vous est absolument infaisable ?

Entre la catastrophe coté application, et tout le bordel autour, à quoi bon rester là bas ? Personne ne viendra payer une souscription de toute façon, avec les géants gratuits encore solides. Encore moins à notre époque (flippante, non ?) de polémiques incessantes où tout le monde a un avis (et le donne) très bonne-morale-collective. Vero est perdu entre une business model cata et un tribunal orwellien. La plateforme n’a aucun avenir.

Pour ma part, j’ai donné 48h dessus. J’aurais dû les passer avec la seule et unique Véro qui vaut le coup ici bas :

4 commentaires sur “Vero : réseau social catastrophique

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  1. honnêtement, c’est pas pour trouver des choses positives pour Vero, mais c’est toujours la même chose quand il y a une hype sur une app, tellement de monde l’installe, l’utilise que ça sature les serveurs et ça crée toujours les mêmes commentaires « ah ça bug c’est nul ».. est-ce difficile d’attendre quelques jours que ça passe et voir ce que ça donne? 🙂

    après l’histoire du mec qui a créé ça.. on a vu pire chez Facebook, insta et même WordPress que tu utilises et bizarrement tout le monde s’en accommode , mais tant mieux que les gens s’en scandilesent pour Vero 🙂

    Pareil sur Fb, on ne peut pas supprimer d’un coup son compte, le compte est toujours actif chez eux, pareil sur insta..

    En tout cas oui ce n’etait qu’une hype mais je vais l’utiliser pour noter les films, livres et musiques, ça me fait un joli bookmark et au moins j’ai que mes réels amis dessus pas des fans ou follower fantômes 🙂

    J'aime

    1. Hello, et merci pour le commentaire.

      Je serai plutôt d’accord avec toi si nous n’étions pas en 2018. Les attentes des utilisateurs sont quand même largement au delà de la simple reproduction des erreurs des autres réseaux sociaux créés il y a10 ou 15ans (2004 pour FB…).

      Quand on prévoit 1 millions d’inscriptions gratuites, on s’arme pour faire front non ? 🙂

      Pour ma part, je ne râle pas quand ca bugue. Il y a eu de nombreux ratés et bugs chez Mastodon, qui souffre aussi de pleins de petits défauts. Pour autant, j’estime toujours à ce jour que c’est l’endroit social le plus prometteur d’internet.
      Comme quoi… La hype… 😉

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  2. L’expérience semble avoir été douloureuse. Et les conditions d’utilisations réexposées me font toujours ce même effet d’exaspération.

    Je me demande aussi, considérant le « user content » (de ces conditions) comme l’ensemble de ce que peut poster un utilisateur, s’il était photographe et qu’il partageait ses photographies : avec ce type de licence, vero pourrait parfaitement diffuser ces images à son compte, pour du profit, et sous toutes formes, mêmes professionnelles (un expo ou une foire, par exemple), et ce sans même avoir à rémunérer l’auteur (parce qu’il leur a cédé tous ses droits de diffusion & patrimoniaux, à vie, partout & pour tout usage – même si non exclusif). Ce même photographe, s’il travaillait pour une agence en exclusivité, ne pourrait en aucun ca, poster ses images sur le réseau sous la peine de rompre son contrat.

    Aussi, on ne pourrait pas y poster de contenu en copyleft, vu que les conditions permettent à vero d’en faire un usage commercial & pubilicitaire.

    Enfin, ça doit être les même questionnement pour les autres réseaux… Mais tout ça me vient à la lecture de l’article.

    Aimé par 1 personne

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