Réappropriation et échelle locale

Les choses nous échappent… Je m’en rends compte en écrivant et en regardant quelques nouvelles du monde tous les jours. Sans arrêt, notre capacité collective à avoir un impact positif les uns sur les autres, ou au delà de nous (sur les autres espèces, sur la planète), s’amenuise. Et les choses ou personnes qui s’accaparent cette faculté d’impact, elles, sont de moins en moins nombreuses et de plus en plus présentes. Le pouvoir est comme la richesse, il n’a jamais ruisselé. Il s’accumule en un point névralgique, serré, haut, oppressant. Un réel encombrement. À tout point de vue, à toute échelle.

Récemment, bien des expériences personnelles m’ont fait comprendre mon impuissance devant des choses pourtant à portée de main ou de clic. Mais quelque soit le sujet, il y avait toujours quelque chose sur ma route d’encombrant : la distance, un intermédiaire opaque, et bien sûr, le confort… Pourtant je ne peux pas me satisfaire de ne rien faire. Et j’ai du reste parfois trouvé des solutions !

Michael, et son message vocal. HAND et leur action.

Je ne trouve pas meilleur titre pour introduire ce qui s’est passé en quelques semaines de discussions avec un très bon contact à moi, Michael. Caribéen résidant à Paris, l’impact de la tragédie des ouragans qui ont frappé l’un après l’autre cette région a résonné de lui à moi, via ses publications, et principalement un message vocal enregistré par quelqu’un là bas et transmis par Michael. Cette proximité m’a catapulté dans une zone où je me sentais obligé moralement d’agir. Motivé aussi, parce que si nous sommes tous théoriquement concernés, là je le SENTAIS.

Cela dit, il m’a été impossible de me contraindre à donner à une ONG « habituelle ». Il m’a été aussi difficile, pour des questions de timing, de déposer des affaires ou des courses dans un point de collecte… Il me fallait trouver un truc plus « sûr » qu’une ONG, et plus « direct ». Et c’est en cherchant, finalement pas si loin, que j’ai trouvé HAND.

logo-hand-gris

HAND est une asso dont le but premier est de préparer les communautés et les collectivités aux catastrophes naturelles, notamment sur la logistique technologique et de communication.

Après m’être renseigné sur qui portait le projet, comment, et avoir tout visionné et lu, j’étais convaincu par cette association. Son action et la constitution de ses équipes reflétant aussi des profils et des objectifs que je partage (à tout le moins) philosophiquement, si ce n’est directement ici sur ce blog, en filigrane. Cette vision de préparation, d’assimilation des contraintes locales, d’adaptation, d’effort collectif organisationnel, participatif et inclusif par la force des choses, ca me parle.

Je me suis donc empressé d’en parler partout autour, de diffuser liens et pages, et de continuer de suivre leurs actions. En me disant dans un coin de la tête qu’un jour, j’irai à leur rencontre pour parler plus profondément de tout cela…

Solidarité organique et capillarité

C’est parce qu’inspiré à proximité que j’ai créé le temps et l’énergie de m’investir (à une bien modeste échelle mais il y a un point de départ à tout). Parce que comme un papier buvard, par capillarité, je me suis senti absorbé par la situation. Cette réaction solidaire purement organique n’aurait pas vu le jour sans Michael. Et c’est via lui et cette histoire que j’ai vraiment saisi à quel point de petites actions organiques possédaient un impact plus important que n’importe quelle viralité de masse (par exemple les pétitions change.org diffusées via FB).

Alors dans le même mouvement, sur un sujet d’actualité différent, j’ai battu le fer chaud et profité d’un hasard assez fou : celui de croiser Michael dans la rue près de Châtelet.

C’etait pile le moment de se croiser. Il avait des trucs à me raconter plein la tête, j’avais un truc à lui montrer juste à coté.

Ce truc que j’avais à lui montrer fait écho aux luttes des noirs dans les pays occidentaux et colonisés. Ça fait aussi écho à l’héritage qu’on tire lui comme moi de la France coloniale. Et comment on peut, lui et moi, bosser ensemble pour faire quelque chose de cette héritage. Il y a dans Paris des endroits qui témoignent du colonialisme suprémaciste blanc français. Un peu comme cette statue à Charlottesville chez les américains… Ma compagne m’en avait montré un, et je voulais le montrer à Michael à mon tour. Strict passage de témoin. Le truc fou, c’est qu’il est dans une des rues les plus empruntées de Paris. Des milliers de gens passent devant tous les jours, sans le voir.

De son coté, Michael voulait me confier ses envie de rassembler, de discuter, de réfléchir en commun. De fédérer autour des sujets qui traversent et concernent non seulement nos communautés, nos générations, nos situations. Quand il a vu le truc, et qu’on en a discuté, de ma position, de la sienne, de ce qu’on pouvait chacun faire… Une solidarité naturelle et organique est vraiment née, loin de tout concept de cause commune pour autant.

Autonomisme relatif, intersectionnalité locale

Oh le joli sous-titre chiant ! Ahah… Blague à part, ces deux événements successifs apportent de l’eau à mon moulin localiste. Michael et moi habitons la même zone géographique peu ou prou. Nous ne sommes pas des mêmes communautés mais nous sommes de la même générations. Et si nous ne partageons pas les mêmes visions, nous avons quelques intersections en commun. Cette intersectionnalité là ne s’est jamais aussi bien exprimée que dans les deux exemples cités plus haut.

C’est notre capacité à nous réapproprier ensemble notre espace commun d’action (face le monument suprémaciste colonialiste), de solidarisation (se filer des liens et idées pour agir chacun après Irma) et de réflexion (réfléchir à tout cela, et un peu plus) que nous avons, en une semaine, produit d’avantage que quelqu’un de seul en X signatures sur change.org…

Lui comme moi, dans ces deux situations, n’avons été que des maillons. Il a fait tourner un message vocal tiers, je lui ai filé une info recue prealablement de quelqu’un d’autre. La transmission et la perpetuation des actions ont fait la suite. Et aux intersections nous avons bossé ensemble pour amener ce que nous pouvions. A l’echelle individuelle, les exemples décrits sont je l’espère parlant. A l’échelle du groupe ou de la société, on imagine parfaitement l’intersectionnalité des luttes en interne, et la collaboration trans-locale et internationale en externe. Et la qualité du résultat, à tout point de vue, justifie à mes yeux que nous pensions le local / trans-local comme l’echelle la plus moderne et adaptée.

En élargissant le champ, je vois l’autonomisme pur comme quelque chose de tout à fait relatif… Et par extension, aucun souverainisme honnête et véritable ne saurait l’être concrètement sans une science de la collaboration avec les autres, autour et/ou ailleurs. En cela, le localisme devient une vision où le local est une unité dont la valeur et le sens augmentent avec la collaboration organique. Et cela ne requiert que deux choses mises en mouvement : de la diversité, et des intersections.

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