Mais… pourquoi locavore alors ?

Après le troisième article de ma série à propos de locavorisme, un commentaire génial m’a incité (et j’en remercie son auteur) à organiser ma pensée disons « philosophique » derrière ce choix. Essayer de décortiquer pour expliquer cette démarche simplement.

Avec aussi pour but de nuancer proprement et sainement les différences qui me font aujourd’hui privilégier le locavorisme et critiquer (avec beaucoup de bienveillance, soyez en assurés) le véganisme.

Consommation dégénérée, espèce humaine, futur

En réalité, ma démarche émane d’une analyse croisée des champs socio-anthropologique et philosophique. De nombreux constats se sont percutés les uns aux autres. Provoquant des émotions, des réflexions, et des conclusions qui pointaient toutes dans la même direction.

Évidemment il s’agissait de critiquer, plutôt violemment, la société de consommation telle que l’après WW2 l’a vue naître et telle que nous la connaissons aujourd’hui. Une société violente, grave, sale. Des animaux torturés, des masses de gens gavés, des santés suicidées, des psychologies dégradées. Un rapport à l’assiette, aux produits et aux circuits complètement dégénéré. Ras-le-bol.

Il s’agissait aussi d’essayer de comprendre notre espèce : très adaptable, capable de vivre sous toutes les latitudes ou presque, de s’accommoder de tous les écosystèmes ou presque, par son ingéniosité, et sa capacité d’innovation et de complétion. Créant ainsi une diversité de peuples, de cultures, y compris alimentaires, aussi fabuleuse que nécessaire. Et dont la contemplation a chez moi des conséquences spirituelles assez profondes…

Et avec cela, il s’agissait enfin de réfléchir au futur. Parce que je conçois de moins en moins que cette planète ait un quelconque propriétaire. Et que, peut-être avec l’âge de la paternité arrivant, naît en moi le désir / devoir absolu de laisser aux suivants une planète en meilleur état qu’aujourd’hui. Clairement pas un chantier facile…

Analyse politique, changement de paradigme

Alors, j’ai essayé de regarder ce qui nous avait mené au point où nous en sommes. Les décisions majeures, les orientations principales qui aujourd’hui nous mettent face à des urgences et des catastrophes terribles. J’ai trouvé plusieurs réponses, en remontant le fil. Et curieusement, c’est pendant ma formation de fromager, et des connaissances acquises sur cette filière, son patrimoine et son histoire, que tout s’est relié avec cohérence.

(Je ne compte pas la révolution industrielle menant à l’urbanisation exponentielle donc…) Il y a d’abord cette Seconde Guerre Mondiale, qui fout l’Europe en vrac. Y compris son agriculture d’ailleurs. La France à genou, plan Marshall, politique d’immigration et de grand élan économique pour reconstruire un pays en ruines… On produit à gogo, de tout, à fond. Les révolutions technologiques y aident bien. L’électronique, l’ordinateur, tout accompagne la grande industrialisation de l’alimentaire (entrer autres – cf les films de Jacques Tati). Et l’urbanisation des modes de consommation. Sans oublier l’américanisme glouton (cf les ouvrages de Clouscard).

Il y a ensuite cette Europe administrative et financière. Construite à la hâte, pour éviter de nouveaux conflits (?), pour partager les miettes entre l’URSS et les USA. Une échelle globale qui s’installe partout et qui devient la nouvelle nomenclature de pensée et d’organisation : on internationalise, on globalise, on mondialise. On connecte des masses, des produits et des marchés, à d’autres, qui n’ont rien à voir, qui n’ont parfois / souvent rien demandé. Vite, fort, fermement. C’est violent mais la technologie, les médias et l’effervescence produisant tellement d’adrénaline collective et de fantasmes qu’on oublie. On oublie les conséquences possibles, ou on les calcule. Tout dépend sa position sur l’échelle de classe. Des conséquences directes et indirectes : une déconnexion du réel, du pratique, de l’échelle humaine, un vide de plus en plus sidéral du sens de nos emplois, de nos usages, de nos pratiques…

Pendant 60 à 70 ans nous vivons à cette vitesse prodigieuse, gloutonne et vorace. Grandissante, envahissante. Globalisé, le monde est plus que jamais uniforme, déséquilibré, colonisé aussi. L’expansion de Mc Donald’s est le symbole de l’américanisation des modes de consommation. Plus généralement, une uniformisation de la nutrition, et une industrialisation prédatrice de la production et de la distribution agro-alimentaire (coucou Lactalis).

Il y avait peut être du bon à cela. Quand effectivement les pays avaient besoin de produire beaucoup, nourrir beaucoup, à bas prix. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Je n’y crois plus une seconde. Les besoins ne sont plus ceux de pays en état de guerre ou en reconstruction. Les besoins changent avec le paradigme. Ma réflexion essaie de suivre ce mouvement.

Locavore parce que « localiste »

Si le global a pu accompagner des besoins pré-2000 (je laisse le bénéfice du doute…), je suis aujourd’hui convaincu que cette échelle n’est plus adaptée au monde moderne… Je le répète à longueur de posts ici… Il faut savoir vivre son échec, en tant que société. Tirer les leçons aussi. Mais ces deux choses là nous sont volés : ceux qui gouvernent et ceux qui décident sont ceux qui jouissent du système actuel : comment pourraient-ils lâcher prise et nous permettre de changer de modèle pour nous adapter à NOS besoins ?

Changer de modèle pour moi, c’est comprendre les besoins actuels, inhérents aux urgences actuelles. Et à ce propos, la diversité est au centre de tout. Tant dans le champ alimentaire et biologique, que dans le champ humain et anthropologique. Sans oublier bien sûr l’aspect culturel et sociologique.

Ces besoins me paraissent (pourtant) simples :

  • se réadapter aux écosystèmes où nous vivons : réappropriation des territoires et de notre adaptabilité à eux
  • reconstruire les piliers sociétaux de façon ouverte et libre : science open-source, laïcité réelle, identité libre, économie vertueuse, instruction « désidéologisée », démocratie participative effective
  • modéliser un avenir « sustainable » / durable pour les générations futures de toutes les espèces

Et avec mon cursus d’anthropologue, je ne pouvais pas passer à coté de cette conclusion : le local est l’échelle humaine naturelle, garant de la préservation et de la dynamique de toutes les diversités. Je suis donc naturellement devenu « localiste ».

Cela signifie que, des années après avoir eu l’instinct de consommer local en m’engageant en AMAP, et sans doute avec le souvenir du jardin de mon grand-père nourrissant 10 personnes toute l’année, j’entamais la mise en logique de cette réflexion. Et depuis, je déconstruis et reconstruis ma consommation au même rythme que ma vision d’ensemble.

Locavore, parce qu’il n’y a en fait qu’un seul front

La cause animale résume toute l’aberration de notre système de consommation. Elle synthétise tout ce qu’il y a à appréhender au rayon des horreurs et de la violence d’un système. Les écosystèmes sont dans une telle souffrance, que si on sort du déni à ce sujet, on ne peut qu’être sensible au végétarisme (a minima) et tenté par le véganisme (qui ne se contente pas de l’alimentaire). Ce sont de justes et nobles réponses à l’émotion, et qui peuvent être adéquates en fonction de leur application (je développerai plus bas). Je remets le lien du documentaire Racing Extinction… déjà présent dans un de mes articles précédents…

Il n’y a pas que la cause animale ou écologique. Il y a aussi un ensemble de problématiques humaines, plus ou moins sournoisement cachées. Des nœuds à démêler et qui concernent en autres le droit du travail, les délocalisations, l’urbanisation et les déserts ruraux, la gentrification, la taxation et la fiscalité, la qualité de vie des producteurs, la prédation économique. Tout cela est à l’œuvre, dans une horlogerie qui demande du sang froid quand on veut en comprendre la routine…

Tout cela se rejoint aussi. Dans l’oppression subie par les animaux, les écosystèmes, les populations. Et aujourd’hui en 2017, le niveau de violence est à mon avis cathartique, tout au long de la chaîne…

Végan, la réponse la plus radicale

De ce que j’en ai compris, et j’invite tous les végans qui liront ces lignes à me corriger ou me reprendre au besoin, le véganisme est donc un mode de consommation général basé sur des produits où l’animal n’entre jamais dans quelconque phase du processus de fabrication et de production, et où la production doit se faire en respectant tous les acteurs de la chaîne.

C’est évidemment un reflex de consommation sain et logique, comme je le montrais plus haut. En revanche, c’est une radicalité qui ne souffre aucun répit. Et j’imagine donc très mal le militantisme végan autrement qu’en communauté autonome rurale. Comment pourrais-t’on être végan en continuant de consommer sur le même modèle globalisé qui dérègle et dégénère tout ?

Et je ne l’imagine pas non plus pouvoir être transposable à une échelle globale, sans faire subir aux hommes une violence sociale et culturelle terrible (et donc antinomique du véganisme). C’est vrai : comment un eskimo, par exemple, pourrait-il « véganiser » son mode de vie sans s’imposer la violence inouïe d’un exode ?

Je trouve cette radicalité d’engagement sublime. Mais j’ai encore du mal à saisir qu’elle puisse être graduelle. Qu’il puisse y avoir un véganisme urbain, ou encore un mondial… Ma critique de ce mouvement est principalement liée donc à ses velléités d’universalisation.

Locavore, moins radical, mais à mon sens plus révolutionnaire

Le locavorisme est clairement moins radical. Parce qu’il n’est pas dans le combat moral, il est uniquement un engagement de société. Il n’incite qu’à comprendre que le circuit court est la réponse qui tord le plus fort le cou à la société de consommation que nous connaissons. En détruisant aisément et en douceur, l’ensemble des rouages complexes de l’horlogerie exposée précédemment ici.

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Il est aussi naturellement protecteur des identités culturelles locales, et incite celles ci à reconstruire l’harmonie qui lie l’humain à son territoire, son écosystème et sa préservation. Il engage celles et ceux qui le veulent à reprendre en main l’ensemble de leur modèle de consommation, et à déserter le dégénéré actuel. Quelque soit le milieu social, territorial, culturel, religieux. Sans contre-indication.

Il n’a pour seule conséquence universelle que la préservation des diversités, et peut même, à l’heure actuelle, être un vecteur de leur recensement. Parce qu’il est un outil de définition culturelle et sociale par les hommes vis à vis du territoire qu’ils habitent, de construction communautaire saine et inclusive.

Il est en fait l’inverse absolu du système dans lequel nous vivons aujourd’hui. Pour autant, il n’est ni un downgrade, ni une perte de confort, ni une soumission, et encore moins une compromission. Il est au contraire l’endroit où tout est à la portée de tous et de chacun.

Locavore et végan ?

Voilà pourquoi j’apprends plus à être locavore que végan. Deux choix qui ne sont du reste, sous certaines latitudes, pas forcément inconciliables. Cela signifierait alors que nous serions capables de produire sur place l’ensemble des aliments ou sources nutritionnelles répondant à nos besoins, sans ressource animale.

Je prends l’exemple de la Vitamine B12, complément alimentaire essentiel à la santé des végans. En étant locavore et végan, il faudrait pouvoir la synthétiser sur place. Pas évident ? Eh bien c’est peut-être la gambiologie et le biohacking (je parle plus haut de science open source aussi…) qui sauraient/sauront mettre cela à la disposition des communautés le désirant. Un espoir pour celles et ceux, végans convaincus, qui ne veulent plus voir aucune source animale dans leur assiette.

Et même si je respecte hautement ce choix là, je ne le fais pas moi même, et ne le ferai sans doute jamais. Ma lecture de l’Histoire de l’Homme étant celle d’une cohabitation gagnant-gagnant avec les espèces nous entourant, où nous offrons la protection et le confort à des espèces qui nous le rendent en produits alimentaires (coucou l’histoire des troupeaux, puis des fromages). Et même si la linéarité et l’intégrité de cette Histoire est catastrophique, particulièrement aujourd’hui, le monde rural, l’anthropologie et quelques initiatives ici ou là dans le monde, m’aident aujourd’hui à plancher et agir pour cette cause là.

Advienne que pourra !

10 commentaires sur “Mais… pourquoi locavore alors ?

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  1. Le véganisme ne sera pas mondial, mais le végétarisme non plus.
    C’est un luxe de pouvoir se poser ce genre de questions et choisir. Je considère tout ça comme une chance d’évolution, pour nous mais pour tous ceux qui nous entourent aussi (l’histoire de la graine, tout ça)
    Il n’y aura pas d’universalisation, mais des questionnements peut-être, sans but d’uniformisation (ouf) mais de changement ?

    Aimé par 1 personne

  2. « le circuit court est la réponse qui tord le plus fort le cou à la société de consommation que nous connaissons »
    J’aimerai tellement être d’accord, mais il s’agit aujourd’hui d’un système « presque » comme les autres… Les produits issus de circuits courts, s’ils ne sont pas marqués d’un signe officiel de qualité (bio, IGP, AOP, AOC, …), restent le plus souvent des produits basiques, génériques, voire artificieux… On observe des dérives chez pas mal de producteurs commercialisant en « circuits courts ». On assiste à de l’achat/revente qui fait apparaître les carottes ou les pommes de terre « avec terre », plus chers que les légumes lavés pour un même produit (car la machine nettoyeuse qui laisse un peu de terre coûte plus cher). Un chiffre illustre cela: 700 contrôles de points de vente (fermes principalement) de la DGCCRF, 490 rappels à la réglementation (défaut d’infos principalement), source: magazine « que choisir: circuits courts » janv 2013. Les RuchesQuidisent[…] en sont aussi un exemple, pas d’ancrage local (sauf si c’est un producteur qui s’en occupe) et pas de montée en compétence pour les producteurs (sur la mutualisation de moyens, entre autres), et pas d’emploi pérenne créés pour les gestionnaires…
    Après l’année 2016 catastrophique pour les agriculteurs, nombre d’entre eux se tournent vers les circuits courts qui ont le vent en poupe, non pas pour les valeurs attachées à ce mode de commercialisation mais pour sécuriser leur revenus (peut-on leur en vouloir?)… sans changer leurs modes de productions, de coopération entre producteurs, etc…
    Le seul système qui résiste à la critique selon moi: l’AMAP, ou les formes de circuits courts portées par des producteurs militants… Alors comment faire? Une seule réponse là encore: l’interconnaissance consommateurs-producteurs de laquelle naît une relation humaine et peut être même la confiance!
    Une initiative intéressante tout de même pour terminer sur une note positive: http://www.cooperations-circuits-courts.org/wp-content/uploads/2015/11/FIche-9-Ici-c-local.pdf
    Bien à vous
    Thibault

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Thibault !

      Dans mon article, je parle surtout du théorique. La pratique appartient à chacun, et comme toujours il y aura des ratés, des déviés et quelques réussis.
      L’important c’est à mon sens que nous comprenions l’intérêt majeur de cette échelle, et que nous apprenions à nous en servir correctement.
      Cela prend du temps, et je pense qu’il faut laisser le temps au temps 😉

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  3. Beaucoup de réactions à la lecture de ton billet. Je vais laisser reposer tout ça pour éviter de raconter n’importe quoi ou de trop brouillon et j’y reviendrai plus tard.

    En attendant, une question toute bête et pratique, mais à quel rayon mets-tu la limite du local ? 50 km, 100 km, 200, davantage (l’hexagone) ? (je repense ici à une série d’émissions sur France5, « 200 km à la ronde », diffusée en 2012, voir mon vieux billet http://emmanuel.clement.free.fr/blog/index.php/post/2012/07/15/200km-%C3%A0-la-ronde%2C-premi%C3%A8re-%C3%A9tape )

    Un constat ensuite : oui, locavore-localiste, pour moi aussi c’est une préoccupation, mais malheureusement nos productions locales sont sous perfusion de produits venant de l’autre bout du monde. Les intrants et traitements utilisés en agriculture sont issus du pétrole et de la chimie, souvent de groupes internationaux. Nos surfaces agricoles ne sont plus que des « supports », le terroir n’a plus de sens.

    Tiens, un exemple en aparté : je reviens de Plougastel-Daoulas, capitale française de la fraise. Plougastel-Daoulas était autrefois le « verger » de Brest, de part sa météo locale bien particulière sur cette pointe bretonne. Le terroir comptait. Aujourd’hui c’est devenu une petite ville dortoir face à Brest, et les fraises y poussent majoritairement sous serres et hors-sol ; exit le terroir (je ne parle même pas du remembrement qui a tout flingué par le passé). Reste le folklore, pour vendre.

    Pour l’alimentation animale, combien de troupeaux paissant dans les prés et nourris au foin l’hiver uniquement ? (Je parle de ceux élevés pour être mangés.) Plus des masses : le tourteau de soja (produit à l’autre bout du monde) est désormais à leur menu. À nouveau, élevages sous perfusion extérieure au territoire. Quant aux volatiles, c’est maïs à gogo. Est-il produit seulement localement ? J’en doute.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Emmanuel, merci !

      De très bonnes questions… Ma seule réponse se trouve finalement dans le titre de ma série Devenir Locavore. Des titres qui impliquent donc le mouvement, des étapes, des possibilités à conquérir.

      Je crois qu’il en va de même de l’autre coté, chez ceux qui construisent et construiront les modes de production et de distribution.

      Et à nous de définir les règles.
      (Cf mon dernier article sur le start-up business model)

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  4. Comme je disais dans mon commentaire précédent, je reviens sur certains points :

    Tu écris :

    « C’est vrai : comment un eskimo, par exemple, pourrait-il « véganiser » son mode de vie sans s’imposer la violence inouïe d’un exode ? »

    Voici ce qu’écrit Martin Page dans son récent livre « Les animaux ne sont pas comestibles », au chapitre « Question et remarques classiques », page 188, à la question :

    « “Et les Inuits ? Ils mangent principalement de la viande. Vous allez les forcer à devenir véganes ?”
    Il y a des populations qui n’ont pas le choix de leur alimentation. Occupons-nous de celles qui ont le choix.
    Occupons-nous de ce qui se passe chez nous. »

    Plus loin, tu écris :

    « Ma critique de ce mouvement [le véganisme] est principalement liée donc à ses velléités d’universalisation. »

    Non, je ne pense pas que ce mouvement ait ces velléités, du moins certainement pas actuellement où de nombreuses populations ne sont pas en mesure de faire ce choix. Je pense que le véganisme vise/concerne actuellement surtout la société industrielle et le mode de vie occidental ou la violence et l’oppression faite sur les animaux sont très fortes.

    Les Inuits de tout à l’heure (bien que le mode occidental les ait malheureusement touché d’ors et déjà ; l’eskimo dont on parle est celui du 18-19e siècle, non encore contaminé par nos sociétés), les populations d’Amazonie, de nombreuses tribus d’Afrique, etc. n’ont pas du tout les choix que nous avons ni la même abondance. L’oppression qu’ils font aux animaux est sans commune mesure avec celle que nous leur infligeons et l’animal est sans doute bien moins considéré comme une matière première que dans nos supermarchés occidentaux.

    Enfin (parce que ma prose va finir par être un peu longue), tu dis :

    « Je prends l’exemple de la Vitamine B12, complément alimentaire essentiel à la santé des végans. En étant locavore et végan, il faudrait pouvoir la synthétiser sur place. »

    J’utilise la B12 des laboratoires Gerda, d’origine non animale ni testée sur eux (si je ne dis pas de bêtises sur ce second point). L’entreprise est française (Lyon puis aujourd’hui Paris). Je constate à l’instant qu’elle est fabriquée à côté de Tours (37), pas si loin de ça de chez moi finalement, ni de Paris. Production dans l’hexagone, je trouve ça déjà très local et certainement drastiquement moins impactant au niveau énergie et empreinte environnementale que de la B12 présente dans un steak, fut-il produit localement plus proche (au passage, animal lui-même complémenté en B12 durant l’élevage, car ça booste sa croissance).

    Ouf, quel fleuve ce commentaire ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Oui fleuve, mais des fleuves comme ça en commentaires, j’en veux tous les jours 😉

      Merci de ton temps et de tes lumières, précieux tous les deux !

      Il est clair que notre combat commun est celui qui s’oppose à notre modèle de société, de la production à la consommation.

      En revanche, il y a une dimension morale chez les vegans que je croise sur internet ou dans la vie de tous les jours qui masquent (trop) cette réflexion de société. Et tu es d’ailleurs le premier (potentiel) vegan qui n’es pas sur ce terrain là et qui argumente dans le même sens que moi. C’est TOUT À FAIT ce que je souhaite depuis le début de ma réflexion.

      Bien souvent, cette dimension morale ou moralisée tend à vouloir « évangéliser » l’autre. Et devient coupable celui qui n’est pas conquis, absout, converti.
      Je trouve cela dommageable pour tout le monde.
      L’universalisation fait parti, entre autres, de cette volonté morale, de ce jugement d’être « meilleur que ». Elle en émane à tout le moins.
      Elle est explicite également, chez certains youtubers (il faudrait que je retrouve les liens) ou chez de nombreuses personnes que j’ai croisé.

      Mais encore une fois, je ne tiens pas à généraliser. D’où mes requêtes répétées d’infos variées sur ce que d’autres ont dans le coeur et la tête 🙂

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