Le jour où j’ai décidé de devenir locavore, part 2

Après avoir évoqué qu’il s’agissait d’avantage d’un processus continu dans le premier article, en remarquant que le mouvement végan manquait peut-être (je ne demande qu’à en savoir d’avantage si je me trompe !) de lucidité sur la réalité de l’impact que ce type de consommation a sur nos écosystèmes (par la nécessité physiologique d’accéder à des denrées produites loin, l’impact sur la planète et donc les espèces n’est peut-être pas si faible que cela ? Le mieux est l’ennemi de bien…), je voulais vous parler des solutions que j’ai trouvées de mon coté, à Paris.
Mais avant cela, petit retour philosophique sur l’empreinte de l’Homme sur la planète…

Nous ne sommes ni seuls, ni uniques, ni identiques

Deux questions reviennent souvent dans les débats ou les discussions sur ces sujets :
– L’Homme doit-il être un assassin pour se nourrir (et par extension pour subvenir à ses besoins) ?
– Les autres espèces sont-elles des assassins quand elles chassent / tuent pour se nourrir (et subvenir à leurs besoins) ?

SI je comprends le reflexe de ces deux questions, et les interrogations qui en découlent, j’ai aujourd’hui (ça n’a évidemment pas toujours été le cas…) du mal à y répondre frontalement tant elles me semblent très peu liées à une réalité pourtant très palpable : nous ne sommes ni uniques, ni identiques.
Dans l’évolution de l’Homme sur la planète, les différents écosystèmes où il s’est installé ont façonné ses savoirs et ses savoirs-faire, et donc ses habitudes, ses habitats, son alimentation, ses mythes, ses références, mais aussi et surtout, ses besoins physiologiques et biologiques. Nous sommes, partout et différemment, construits par les différents écosystèmes qui nous entourent.

Alors comment pourrions nous imaginer appréhender l’alimentation par un seul biais moral ? Je n’aurais pas du tout l’idée de juger moralement une population qui pour ses stricts besoins physiologiques doit élever ou chasser des bêtes et en tirer un maximum de denrées…
Par contre, il me parait tout aussi difficile de ne pas me sentir mal à l’aise quand on reproduit la même chose à l’échelle d’une société industrialisée où le « manque » ne justifie pas ou plus la quantité produite…

Et pour tenter de répondre à la première question, il n’y a donc à mon sens ni la dimension de devoir ni celle d’Humain (au sens « espèce ») dans l’alimentation, mais celle de besoin. Et c’est lorsque le besoin ne justifie plus rien qu’on bascule dans des choses nocives et dégradantes puisque uniquement justifiées par la rentabilité et le profit. L’assassin est donc d’avantage un système, dont l’ingénierie est aussi fine qu’efficace. Un système extrêmement dur à hacker et déconstruire.

Quand à la seconde question, j’y réponds généralement en me disant que se poser ces questions ne fait pas avancer grand chose dans ce débat, ni dans un sens ni dans l’autre… Effectivement, je me dis que la chaine alimentaire naturelle ne conçoit pas la morale. Mais dès lors que la société de consommation construit une nouvelle chaine alimentaire ex nihilo, avec des rapports de domination outrancière et non de cohabitation et de collaboration (parce que je crois que l’élevage, sur ses bases archaïques en tout cas, s’apparente à la relation du poisson pilote avec le requin : nous tirons profit des bêtes qui en retour trouvent une sécurité et une protection face aux prédateurs), sans penser à la préservation et à la diversité des écosystèmes et des ressources, je me sens la responsabilité de construire cette ligne morale, et de hacker ce système. Autant que faire se peut. En sortant de mes zones de confort, et en participant, quelque soit la manière, à des initiatives qui ont compris ces enjeux et qui proposent des solutions.

Ce que ça signifie pour moi au quotidien :

Chacun son emploi du temps, sa localisation et ses capacités de déplacement. Pour ma part je vis en proche banlieue parisienne, je travaille dans Paris, et je suis commerçant (je bosse le week-end). Il m’est donc compliqué de faire les marchés, de passer chercher un panier AMAP chez un autre commerçant (puisqu’il ferme en même temps que moi bien souvent) etc etc. Je gagnerais sans doute un temps et une thune monstre en me faisant livrer via le site d’une grande surface non ?
FAUX.

En arrivant en région parisienne, je me disais que j’allais essayer de retrouver l’alimentation que j’avais quand j’allais en AMAP (via celle des Ponts-Jumeaux) à Toulouse. J’avais aussi essayé des solutions quand j’habitais à Orléans, notamment Les Paniers de Anne. Sachant que je n’achète ni poisson ni viande, je me concentre surtout sur des légumes et légumineuses (en grande variété), des pâtes et du riz. J’ai la chance aujourd’hui d’être crémier-fromager, je vous fait pas un dessin sur cet aspect là…

b_1_q_0_p_0Et puis ici, j’ai rapidement découvert l’existence d’AU BOUT DU CHAMP. Un réseau de petites échoppes en Ile de France, où le concept est très simple : en direct des producteurs dans un rayon de 100km, fruits et légumes ramassés le jour même (par la même équipe, qui file donc un coup de main aux producteurs), en bio et paysan. Rajoutez à cela que l’équipe est jeune, sympathique, et en constante croissance (ils recrutent)… Parfait, j’avais trouvé où me fournir.

La route est encore longue !

Ce qui est certain, c’est que je refuse de m’inventer l’ambition et la passion de vouloir sauver la planète, mais que j’embrasse (et ce depuis longtemps) la volonté de vivre en adéquation avec elle, dans mon espace, mon temps, et à mon échelle. A quoi bon faire autrement ? D’ici 90ans, la diversité sur cette planète ne sera pas suffisamment abondante et florissante pour que la Terre puisse encore soutenir la vie. Les enfants des trentenaires d’aujourd’hui auront donc le loisir d’être témoins d’un scénario à la Interstellar. Le seul moyen de contredire ces prédictions et d’essayer de leur offrir un futur viable est de faire l’effort au quotidien de vivre d’avantage en adéquation avec l’écosystème qui nous entoure. Alors c’est sûr, ça demande de se résoudre à perdre des habitudes, du confort, de reprogrammer le temps qu’on alloue à une chose ou une autre, mais bon… C’est pas juste pour faire joli sur instagram ou sur un blog foodie…

Si j’ai la sensation d’être pas trop déconnant quand je vais chez Au Bout Du Champ, il y a évidemment dans mes placards des trucs que j’aimerais à terme remplacer, sachant très bien que je pourrais leur trouver des substituts tout aussi gourmands (tant ils relèvent du confort d’avantage que de l’apport nutritionnel… je suis pas un moine non plus !). Mes boissons de riz ou de soja (je ne bois pas de lait) pour mes chocolats chauds, mon riz et mes pâtes achetés en grande surface, sont les principaux produits que j’aimerais ne plus consommer de cette façon. Je cherche des solutions… locales…
Et si vous en avez, je suis évidemment preneur !

8 commentaires sur “Le jour où j’ai décidé de devenir locavore, part 2

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  1. Salut Grégoire,

    je viens de lire tes 3 premiers billets « locavorisme » et je commente sur le second, un passage du premier :

    > Le végétarisme d’abord puis carrément le végétalisme, que l’américanisation de tout a aujourd’hui nommé véganisme (si j’ai bien compris hein, je ne demande d’ailleurs qu’à bien comprendre)

    Ainsi que du présent et deuxième billet :

    > en remarquant que le mouvement végan manquait peut-être (je ne demande qu’à en savoir d’avantage si je me trompe !) de lucidité sur la réalité de l’impact que ce type de consommation a sur nos écosystèmes (par la nécessité physiologique d’accéder à des denrées produites loin […])

    Le végétarisme est un régime alimentaire qui exclue la chair animale effectivement, mais pas leurs produits (œufs, lait, miel, et dérivés).

    Le végétalisme est le régime alimentaire qui exclue chair animale ET ces produits également (fini les Haribos à base de gélatine animale ! De toute façon, le sucre raffiné et les colorants c’est aussi mauvais pour la santé 🙂 ).

    Le véganisme quant à lui va plus loin que la notion de régime alimentaire ; les véganes sont végétaliens pour l’alimentation, mais excluent aussi de leur vie tout ce qui peut avoir une origine animale : cuir, laine, fourrure, pour les plus évident. Mais les sous-produit d’animaux vont se loger dans des recoins totalement surprenants, par exemple dans les vins (saufs vins naturels, la tendance qui monte), dans certaines colles, dans certains pneus, dans les pellicules photo argentique (les sels d’argents sont fixés dans une gélatine animale). Ce dernier me peine beaucoup car j’aime de très longue date la photographie argentique, et je le sais depuis longtemps aussi.

    Si on va au bout du raisonnement, les choses peuvent se compliquer énormément, car, par exemple, l’agriculture fait usage d’intrants d’origine animale (par exemple du sang) en tant qu’engrais pour céréales par exemple. Certains agriculteurs commencent à questionner ces façons de faire et l’approche végane commence à pointer son nez sur ce terrain.

    Enfin, puisqu’on le rencontre régulièrement, un peu comme fourre-tout, le mot « veggie » désigne en anglais « végétarien », mais, à la mode, tout comme « végane » (version francisée officielle pour « vegan », je crains qu’il désigne indistinctement pour la plupart des francophones qui l’utilisent sans trop savoir, les trois profils décrits plus haut.

    Pour ce qui est du riz, comme précisé plus haut, effectivement, la Camargue.

    Pour les pâtes, c’est très simple à faire et bien meilleurs (j’en fait. Eau + farine suffisent, on peut totalement se passer d’œufs). Les magasins bio vendent aussi des pâtes à base de farines locales (j’en ai par chez moi), ou de farines inhabituelles (dernièrement j’ai testé farine de pois chiche par exemple).

    Pour le tofu, j’en achète produit en France (région sud-Ouest).

    Enfin, même si des produits végétaux ont traversé les océans, leur impact environnemental reste énormément moindre que celui d’un morceau de chair animale produit… localement ! (mais j’ai cru comprendre que tu ne mangeais déjà plus viande ni poisson, c’est ça ?)

    Enfin bis, la question végétarisme/végétalisme se pose à un moment donné pour ceux qui (comme moi) s’engagent dans cette direction. Premier cas de conscience : apprendre que la plupart des fromages sont fait à partir de présure animale. Présure extraite des estomacs de jeunes animaux buvant encore le lait maternel (morts, donc). Il existe des présures végétales, mais l’offre de fromages est moindre.

    Pfiou, c’était long ! Et peut-être savais-tu déjà une partie de ce que je raconte 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Hello Emmanuel,
      Merci beaucoup de ton commentaire ! Tu apportes des précisions qui ne sont pas dans l’article. J’opte pour des formats courts et non exhaustifs, ça a le mérite d’être plus digeste, mais le désavantage de passer outre quelques bricoles qui peuvent être importantes si on veut approfondir.

      Tes précisions ne m’inspirent qu’une seule chose : écrire un article sur le pourquoi locavore avant le reste. Je prendrai le temps d’aborder pourquoi ma réflexion ne va pas trop vers celle du veganisme, que je respecte grandement par ailleurs.

      Reste connecté 😉
      À bientôt !

      J'aime

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